

À propos de Fungi Cosmology
Les champignons transforment continuellement le monde autour de nous en créant de vastes réseaux de relations avec d’autres êtres vivants. Leurs vies sont étroitement liées aux plantes, aux bactéries, aux animaux et aux sols, formant des systèmes invisibles qui alimentent les écosystèmes du monde entier.
Les champignons représentent un grand royaume, regroupant les champignons, les moisissures et les levures. La majorité de la vie d’un champignon se déroule hors de notre vue, sous la forme d’un mycélium, un réseau de filaments microscopiques qui poussent sous la terre ou dans des plantes et de nombreux autres organismes. Lorsque les conditions environnementales sont favorables, le mycélium fait naître la fructification visible (le champignon, aussi appelé sporophore) qui libère des spores pour la reproduction. Ces spores restent inactives des années, en attendant le parfait équilibre de température et d’humidité pour engendrer une nouvelle vie.
Les champignons remplissent une diversité remarquable de fonctions écologiques en raison de leurs multiples modes d’existence. En tant que symbioses mycorhiziennes, ils tissent des réseaux souterrains qui connectent les plantes à la terre afin d’améliorer leurs apports de nutriments, leur résistance et leur croissance. En tant que lichens, ils créent des partenariats intimes avec des algues ou des cyanobactéries. Ainsi, ils contribuent à la formation des sols et constituent de nouvelles possibilités de vie dans certains des environnements les plus extrêmes de la Terre. Sous forme de parasites et de pathogènes, ils façonnent les dynamiques de population et l’équilibre écologique, grâce à leur fonction de régulation des organismes hôtes et de redistribution de l’énergie et des ressources.
En observant et reconnaissant les champignons et leurs manières d’organiser la vie, nous vous invitons à imaginer des façons plus interconnectées, résistantes et coopératives d’habiter le monde.









































Cette sélection de photographies regroupe des sporophores cueillis lors de trois expéditions de recherche : dans l’Amazonie brésilienne (centre de recherche biologique Alto Cuieiras, Manaus), la Patagonie chilienne (réserve nationale Magallanes, Punta Arenas et Puerto Yartou, CAB Patagonia), et les Alpes suisses (Oberwald et le glacier d’Aletsch, Riederalp, Canton du Valais).
Ce projet, en associant ces matériaux, dévoile un processus d’observation et d’analyse taxonomique qui montre la richesse et la diversité de la vie fongique sur des territoires éloignés géographiquement et pourtant interconnectés écologiquement.

Champignon mycorhizien au microscope
Fungi Cosmology, 2024
Grâce à des images microscopiques, des documents de travail sur le terrain, des infographies et des approches de l’analyse moléculaire, ce travail rend la mycologie visible comme une pratique localisée et collective, qui évolue entre la forêt patagonienne chilienne, la forêt tropicale amazonienne brésilienne et les écosystèmes alpins suisses. Ce faisant, il unit les paysages, la terre, la végétation et d’autres formes de diversité biologique avec le laboratoire et le musée.
Des convergences et des divergences fongiques se révèlent à travers des changements d’échelles et de territoires. Des schémas de similarités et de singularités en ressortent aussi et montrent comment des conditions environnementales distinctes (notamment la présence humaine comme force de façonnement du paysage) forment des communautés invisibles, mais essentielles.
Le royaume fongique émerge comme un espace de rencontre entre la science, le territoire et la sensibilité, où le savoir est produit collaborativement et partagé en tant qu’expérience vécue.
Vidéo 1: Entretien avec Margaux Schwab, directrice et fondatrice de foodculture days, Suisse par Maya Minder
Vidéo 2: Entretien avec Liliane Fraiji, commissaire de Labverde à Manaus, Brésil par Maya Minder
Vidéo 3: Entretien avec Irène Hediger, directrice du programme AIL Artist-in-Labs, Suisse par Maya Minder
Fungi Cosmology, 2e édition, au CAB Patagonia, Chili.
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Textes : María Luisa Murillo et Patricia Silva-Flores.

À propos de Fungi Cosmology
Les champignons transforment continuellement le monde autour de nous en créant de vastes réseaux de relations avec d’autres êtres vivants. Leurs vies sont étroitement liées aux plantes, aux bactéries, aux animaux et aux sols, formant des systèmes invisibles qui alimentent les écosystèmes du monde entier.
Les champignons représentent un grand royaume, regroupant les champignons, les moisissures et les levures. La majorité de la vie d’un champignon se déroule hors de notre vue, sous la forme d’un mycélium, un réseau de filaments microscopiques qui poussent sous la terre ou dans des plantes et de nombreux autres organismes. Lorsque les conditions environnementales sont favorables, le mycélium fait naître la fructification visible (le champignon, aussi appelé sporophore) qui libère des spores pour la reproduction. Ces spores restent inactives des années, en attendant le parfait équilibre de température et d’humidité pour engendrer une nouvelle vie.
Les champignons remplissent une diversité remarquable de fonctions écologiques en raison de leurs multiples modes d’existence. En tant que symbioses mycorhiziennes, ils tissent des réseaux souterrains qui connectent les plantes à la terre afin d’améliorer leurs apports de nutriments, leur résistance et leur croissance. En tant que lichens, ils créent des partenariats intimes avec des algues ou des cyanobactéries. Ainsi, ils contribuent à la formation des sols et constituent de nouvelles possibilités de vie dans certains des environnements les plus extrêmes de la Terre. Sous forme de parasites et de pathogènes, ils façonnent les dynamiques de population et l’équilibre écologique, grâce à leur fonction de régulation des organismes hôtes et de redistribution de l’énergie et des ressources.
En observant et reconnaissant les champignons et leurs manières d’organiser la vie, nous vous invitons à imaginer des façons plus interconnectées, résistantes et coopératives d’habiter le monde.









































Cette sélection de photographies regroupe des sporophores cueillis lors de trois expéditions de recherche : dans l’Amazonie brésilienne (centre de recherche biologique Alto Cuieiras, Manaus), la Patagonie chilienne (réserve nationale Magallanes, Punta Arenas et Puerto Yartou, CAB Patagonia), et les Alpes suisses (Oberwald et le glacier d’Aletsch, Riederalp, Canton du Valais).
Ce projet, en associant ces matériaux, dévoile un processus d’observation et d’analyse taxonomique qui montre la richesse et la diversité de la vie fongique sur des territoires éloignés géographiquement et pourtant interconnectés écologiquement.

Champignon mycorhizien au microscope
Fungi Cosmology, 2024
Grâce à des images microscopiques, des documents de travail sur le terrain, des infographies et des approches de l’analyse moléculaire, ce travail rend la mycologie visible comme une pratique localisée et collective, qui évolue entre la forêt patagonienne chilienne, la forêt tropicale amazonienne brésilienne et les écosystèmes alpins suisses. Ce faisant, il unit les paysages, la terre, la végétation et d’autres formes de diversité biologique avec le laboratoire et le musée.
Des convergences et des divergences fongiques se révèlent à travers des changements d’échelles et de territoires. Des schémas de similarités et de singularités en ressortent aussi et montrent comment des conditions environnementales distinctes (notamment la présence humaine comme force de façonnement du paysage) forment des communautés invisibles, mais essentielles.
Le royaume fongique émerge comme un espace de rencontre entre la science, le territoire et la sensibilité, où le savoir est produit collaborativement et partagé en tant qu’expérience vécue.
Vidéo 1: Entretien avec Margaux Schwab, directrice et fondatrice de foodculture days, Suisse par Maya Minder
Vidéo 2: Entretien avec Liliane Fraiji, commissaire de Labverde à Manaus, Brésil par Maya Minder
Vidéo 3: Entretien avec Irène Hediger, directrice du programme AIL Artist-in-Labs, Suisse par Maya Minder
Fungi Cosmology, 2e édition, au CAB Patagonia, Chili.
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Textes : María Luisa Murillo et Patricia Silva-Flores.


Réflexions sur le travail de terrain
Certains mots-clés ont commencé à résonner lors du processus de recherche sur le terrain. Afin de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons et d’identifier les questions et préoccupations guidant notre exploration, un glossaire a été établi pour l’exposition au Chili, fonctionnant comme un outil opérationnel plutôt qu’un cadre théorique fixe.
Au lieu d’expliquer les œuvres, ces mots-clés composent plusieurs points de départ potentiels, des manières de les aborder et les traiter.
La première version du glossaire de Fungi Cosmology a été conçue comme une carte ontologique et perceptive qui guide vers une façon particulière de penser le travail, les territoires et les expériences vécues.
Ces termes cherchent à stimuler des relations, se présentant comme une toile de codépendances et de coproductions. La présence de notions telles que la capacité d’action, l’interaction et l’invisible montre un remplacement clair de l’humain comme unique centre du sens. La capacité d’action est comprise comme étant distribuée entre les organismes, les matériaux, les systèmes et les environnements. À cet égard, le glossaire fait écho à des perspectives dans lesquelles l’œuvre n’est pas seulement une expression d’une intention humaine, mais plutôt une association de forces hétérogènes. Le chaos, lui aussi, fait partie de l’ordre des choses.
Des termes comme la réparation, la découverte et l’obscurité introduisent une dimension éthique et perceptive cruciale. La réparation n’est pas seulement une question de correction : elle implique de faire une pause, de participer et de regarder avec soin. L’obscurité n’est pas présentée comme un manque ou une absence, mais plutôt comme la condition d’une potentielle introduction d’autres formes de savoir. En ce sens, le glossaire propose une esthétique de l’attention au ralenti : elle coexiste avec la logique extractive des formes de perception rapides et totalisantes, tout en la mettant au défi.
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Texte de María Luisa Murillo

Réflexions sur le travail de terrain
Certains mots-clés ont commencé à résonner lors du processus de recherche sur le terrain. Afin de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons et d’identifier les questions et préoccupations guidant notre exploration, un glossaire a été établi pour l’exposition au Chili, fonctionnant comme un outil opérationnel plutôt qu’un cadre théorique fixe.
Au lieu d’expliquer les œuvres, ces mots-clés composent plusieurs points de départ potentiels, des manières de les aborder et les traiter.
La première version du glossaire de Fungi Cosmology a été conçue comme une carte ontologique et perceptive qui guide vers une façon particulière de penser le travail, les territoires et les expériences vécues.
Ces termes cherchent à stimuler des relations, se présentant comme une toile de codépendances et de coproductions. La présence de notions telles que la capacité d’action, l’interaction et l’invisible montre un remplacement clair de l’humain comme unique centre du sens. La capacité d’action est comprise comme étant distribuée entre les organismes, les matériaux, les systèmes et les environnements. À cet égard, le glossaire fait écho à des perspectives dans lesquelles l’œuvre n’est pas seulement une expression d’une intention humaine, mais plutôt une association de forces hétérogènes. Le chaos, lui aussi, fait partie de l’ordre des choses.
Des termes comme la réparation, la découverte et l’obscurité introduisent une dimension éthique et perceptive cruciale. La réparation n’est pas seulement une question de correction : elle implique de faire une pause, de participer et de regarder avec soin. L’obscurité n’est pas présentée comme un manque ou une absence, mais plutôt comme la condition d’une potentielle introduction d’autres formes de savoir. En ce sens, le glossaire propose une esthétique de l’attention au ralenti : elle coexiste avec la logique extractive des formes de perception rapides et totalisantes, tout en la mettant au défi.
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Texte de María Luisa Murillo


Manger l’étrange - Tiradito de Lengua de Vaca
La cueillette de Fistulina antarctica, communément appelée Lengua de Vaca (langue de bœuf), est une expérience exceptionnelle qui permet de rencontrer l’une des formes comestibles les plus étranges de la nature. Avec sa couleur rouge vif, parfois rosée, et son apparence singulière, elle évoque visuellement une langue ou une tranche de viande crue, d’où son surnom anglais de beefsteak mushroom. Les espèces du genre Fistulina sont également connues sous le nom de « steak du pauvre », une appellation qui fait référence à leur apparence charnue ainsi qu’à leur utilisation historique comme aliment nourrissant dans des contextes où la viande était rare ou coûteuse.
Fistulina antarctica est un champignon qui pousse sur les troncs d’arbres des forêts subantarctiques de Patagonie, notamment sur différentes espèces de Nothofagus, parmi lesquelles le lenga (Nothofagus pumilio), le ñirre (Nothofagus antarctica) et le coigüe de Magallanes (Nothofagus betuloides).

Fistulina antarctica (Langue de bœuf). Maya Minder, mars 2024. Résidence en Patagonie, CAB Patagonia
Lors du travail de terrain de Fungi Cosmology en Patagonie, nous avons constaté à quel point la vie sur Terre recèle encore de merveilles inattendues et combien la nature continue de nous surprendre par son étonnant syncrétisme visuel. La Lengua de Vaca ressemble littéralement à une langue : un arbre tirant la langue vers la cueilleuse ou le cueilleur, dans des nuances allant du rose tendre au rouge profond.
La découverte de cette espèce a immédiatement éveillé mon instinct de cueilleuse. Son goût s’est révélé tout aussi surprenant : des notes florales légèrement citronnées, associées à une texture douce et spongieuse. Cette expérience a bouleversé mes repères gustatifs et remis en question mes attentes sur ce que la nourriture devrait être, tant dans son apparence que dans sa saveur.
Nous avons expérimenté différentes techniques de préparation — bouillir, cuire, frire — afin de comprendre ce champignon avec notre tête, nos mains et nos sens. Je dois reconnaître qu’il s’agit sans doute de l’une des choses les plus étranges, mais aussi des plus délicieuses, que mon palais ait jamais rencontrées.
Un chef local m’a suggéré de préparer ce champignon en “tiradito”, un plat emblématique de la cuisine nikkei péruvienne. Née de la rencontre entre les immigrants japonais, arrivés au Pérou à partir de 1899, et les traditions culinaires locales, la cuisine nikkei s’est développée grâce à la fusion des techniques japonaises avec les ingrédients, les saveurs et les savoir-faire péruviens. Le tiradito, souvent considéré comme l’un de ses plats emblématiques, incarne avec élégance ce dialogue interculturel.
Je suis donc heureuse de partager cette recette, dont la simplicité et l’élégance mettent admirablement en valeur la texture singulière, l’apparence et la délicatesse de la Lengua de Vaca.
Avant la préparation, il convient de retirer la fine peau qui recouvre la face supérieure du champignon. Elle s’enlève très facilement, comme une pellicule. Le fait de pouvoir le déguster cru est particulièrement surprenant, car la plupart des champignons doivent être cuits afin d’éviter tout risque de toxicité ou de troubles digestifs. La Lengua de Vaca, en revanche, peut être consommée crue sans difficulté.
Découper ce champignon donne l’impression de travailler une pièce de viande crue, tandis que sa texture singulière évoque par moments celle d’un fruit, voire d’un poisson. Il est fascinant d’observer son apparence unique, la richesse de ses couleurs, la douceur de sa surface et sa texture à la fois sèche et spongieuse.
Le Tiradito de Maya. Lengua de Vaca récoltée à Puerto Yartou. Voyage de terrain en Patagonie, mars 2024
Ingrédients
Champignons
Sauce
Garniture
Préparation
Retirer la fine peau de la partie supérieure du champignon. La couche poreuse située sur la partie inférieure peut être conservée.
Couper le champignon en fines tranches, à la manière d’un sashimi de thon, puis les disposer soigneusement sur une assiette.
Mélanger tous les ingrédients de la sauce. Ajouter l’échalote, la coriandre, le poivron et la tomate coupés en brunoise. Réserver l’avocat.
Disposer les tranches d’avocat à côté des lamelles de Lengua de Vaca, puis napper délicatement le tout avec la sauce.
Servir immédiatement, bien frais, en entrée ou en plat léger.
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Texte et photos de Maya Minder

Manger l’étrange - Tiradito de Lengua de Vaca
La cueillette de Fistulina antarctica, communément appelée Lengua de Vaca (langue de bœuf), est une expérience exceptionnelle qui permet de rencontrer l’une des formes comestibles les plus étranges de la nature. Avec sa couleur rouge vif, parfois rosée, et son apparence singulière, elle évoque visuellement une langue ou une tranche de viande crue, d’où son surnom anglais de beefsteak mushroom. Les espèces du genre Fistulina sont également connues sous le nom de « steak du pauvre », une appellation qui fait référence à leur apparence charnue ainsi qu’à leur utilisation historique comme aliment nourrissant dans des contextes où la viande était rare ou coûteuse.
Fistulina antarctica est un champignon qui pousse sur les troncs d’arbres des forêts subantarctiques de Patagonie, notamment sur différentes espèces de Nothofagus, parmi lesquelles le lenga (Nothofagus pumilio), le ñirre (Nothofagus antarctica) et le coigüe de Magallanes (Nothofagus betuloides).

Fistulina antarctica (Langue de bœuf). Maya Minder, mars 2024. Résidence en Patagonie, CAB Patagonia
Lors du travail de terrain de Fungi Cosmology en Patagonie, nous avons constaté à quel point la vie sur Terre recèle encore de merveilles inattendues et combien la nature continue de nous surprendre par son étonnant syncrétisme visuel. La Lengua de Vaca ressemble littéralement à une langue : un arbre tirant la langue vers la cueilleuse ou le cueilleur, dans des nuances allant du rose tendre au rouge profond.
La découverte de cette espèce a immédiatement éveillé mon instinct de cueilleuse. Son goût s’est révélé tout aussi surprenant : des notes florales légèrement citronnées, associées à une texture douce et spongieuse. Cette expérience a bouleversé mes repères gustatifs et remis en question mes attentes sur ce que la nourriture devrait être, tant dans son apparence que dans sa saveur.
Nous avons expérimenté différentes techniques de préparation — bouillir, cuire, frire — afin de comprendre ce champignon avec notre tête, nos mains et nos sens. Je dois reconnaître qu’il s’agit sans doute de l’une des choses les plus étranges, mais aussi des plus délicieuses, que mon palais ait jamais rencontrées.
Un chef local m’a suggéré de préparer ce champignon en “tiradito”, un plat emblématique de la cuisine nikkei péruvienne. Née de la rencontre entre les immigrants japonais, arrivés au Pérou à partir de 1899, et les traditions culinaires locales, la cuisine nikkei s’est développée grâce à la fusion des techniques japonaises avec les ingrédients, les saveurs et les savoir-faire péruviens. Le tiradito, souvent considéré comme l’un de ses plats emblématiques, incarne avec élégance ce dialogue interculturel.
Je suis donc heureuse de partager cette recette, dont la simplicité et l’élégance mettent admirablement en valeur la texture singulière, l’apparence et la délicatesse de la Lengua de Vaca.
Avant la préparation, il convient de retirer la fine peau qui recouvre la face supérieure du champignon. Elle s’enlève très facilement, comme une pellicule. Le fait de pouvoir le déguster cru est particulièrement surprenant, car la plupart des champignons doivent être cuits afin d’éviter tout risque de toxicité ou de troubles digestifs. La Lengua de Vaca, en revanche, peut être consommée crue sans difficulté.
Découper ce champignon donne l’impression de travailler une pièce de viande crue, tandis que sa texture singulière évoque par moments celle d’un fruit, voire d’un poisson. Il est fascinant d’observer son apparence unique, la richesse de ses couleurs, la douceur de sa surface et sa texture à la fois sèche et spongieuse.
Le Tiradito de Maya. Lengua de Vaca récoltée à Puerto Yartou. Voyage de terrain en Patagonie, mars 2024
Ingrédients
Champignons
Sauce
Garniture
Préparation
Retirer la fine peau de la partie supérieure du champignon. La couche poreuse située sur la partie inférieure peut être conservée.
Couper le champignon en fines tranches, à la manière d’un sashimi de thon, puis les disposer soigneusement sur une assiette.
Mélanger tous les ingrédients de la sauce. Ajouter l’échalote, la coriandre, le poivron et la tomate coupés en brunoise. Réserver l’avocat.
Disposer les tranches d’avocat à côté des lamelles de Lengua de Vaca, puis napper délicatement le tout avec la sauce.
Servir immédiatement, bien frais, en entrée ou en plat léger.
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Texte et photos de Maya Minder


Faire l’Expérience du Monde par l’Art



Le film « Mapu KufüllMapu Kufüll » (« Coquillages terrestres », 2020) de l’artiste mapuche Seba Calfuqueo reprend le terme en mapudungun utilisé pour désigner les champignons. L’animation propose une réflexion sur la perspective cosmologique du peuple mapuche en lien avec la cueillette des champignons, ainsi que sur la manière dont les champignons sont devenus un symbole de résistance pour les communautés autochtones.
La deuxième œuvre présentée — « Odor » (2026) — est une série de sculptures en céramique émaillée, cuites à 1060°C, qui tire son inspiration du monde fongique de Wallmapu.
Il prend les spores comme point de départ afin de nous inviter à faire participer nos sens au-delà de la vision. Il met en avant l’odeur comme moyen de suggérer la présence d’un monde naturel.
Digüeñe
Morchella
Nothojafnea thaxteri
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Œuvre de Seba Calfuqueo

Faire l’Expérience du Monde par l’Art



Le film « Mapu KufüllMapu Kufüll » (« Coquillages terrestres », 2020) de l’artiste mapuche Seba Calfuqueo reprend le terme en mapudungun utilisé pour désigner les champignons. L’animation propose une réflexion sur la perspective cosmologique du peuple mapuche en lien avec la cueillette des champignons, ainsi que sur la manière dont les champignons sont devenus un symbole de résistance pour les communautés autochtones.
La deuxième œuvre présentée — « Odor » (2026) — est une série de sculptures en céramique émaillée, cuites à 1060°C, qui tire son inspiration du monde fongique de Wallmapu.
Il prend les spores comme point de départ afin de nous inviter à faire participer nos sens au-delà de la vision. Il met en avant l’odeur comme moyen de suggérer la présence d’un monde naturel.
Digüeñe
Morchella
Nothojafnea thaxteri
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Œuvre de Seba Calfuqueo


Connection
Jorgge Menna Barreto, Rio Cuieras, Brazil. Photo par : Rodrigo Valle, 2023
Une grande partie de la vie fongique se déploie au-delà des limites de la perception : sous terre, dans l’obscurité et à des échelles temporelles et spatiales qui dépassent l’expérience humaine immédiate. Dirigeons notre attention vers ce qui ne se révèle pas immédiatement, en nous aidant de formes de perception ralenties, spéculatives, localisées et mycéliennes.
L’envie de connexion joue un rôle fondamental dans le phénomène de vie. Par l’union des corps, les cœurs peuvent se « synchroniser » dans une corrélation dynamique et partielle.
Ces relations complexes, diverses et multidirectionnelles, formées à la fois au sein des espèces et entre elles, engendrent des réseaux symbiotiques. Ils sont essentiels à la préservation de la vie et des écosystèmes qui l’entretiennent. De cette façon, elles invitent à se détourner des cosmologies classiques, hiérarchiques et verticales au profit d’une logique horizontale, décentralisée et souterraine, dans laquelle le sens se trouve par la connexion plutôt que par l’identité.
Pouls. Jorgge Menna Barreto, 2024. Projection monocanale. Durée : 4’58”. Son stéréo.
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Texte par María Luisa Murillo et œuvre de Jorgge Menna Barreto

Connection
Jorgge Menna Barreto, Rio Cuieras, Brazil. Photo par : Rodrigo Valle, 2023
Une grande partie de la vie fongique se déploie au-delà des limites de la perception : sous terre, dans l’obscurité et à des échelles temporelles et spatiales qui dépassent l’expérience humaine immédiate. Dirigeons notre attention vers ce qui ne se révèle pas immédiatement, en nous aidant de formes de perception ralenties, spéculatives, localisées et mycéliennes.
L’envie de connexion joue un rôle fondamental dans le phénomène de vie. Par l’union des corps, les cœurs peuvent se « synchroniser » dans une corrélation dynamique et partielle.
Ces relations complexes, diverses et multidirectionnelles, formées à la fois au sein des espèces et entre elles, engendrent des réseaux symbiotiques. Ils sont essentiels à la préservation de la vie et des écosystèmes qui l’entretiennent. De cette façon, elles invitent à se détourner des cosmologies classiques, hiérarchiques et verticales au profit d’une logique horizontale, décentralisée et souterraine, dans laquelle le sens se trouve par la connexion plutôt que par l’identité.
Pouls. Jorgge Menna Barreto, 2024. Projection monocanale. Durée : 4’58”. Son stéréo.
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Texte par María Luisa Murillo et œuvre de Jorgge Menna Barreto


Interespèces

Fungsectum (Fungi + insecte + human continuum)” (plan) – Valentina Serrati Sisa, 2026
Au milieu des corps de champignons, d’insectes et d’humains, ce travail offre un territoire hybride dans lequel les frontières deviennent floues. Dans le cadre de Fungi Cosmology, un projet international à l’intersection de l’art, des sciences et de l’écologie, Valentina nous invite à penser au savoir comme une chose incarnée, relationnelle et en transformation constante.
Fungsectum n’essaie pas de nous expliquer comment faire. Ce projet remet plutôt en question les conditions mêmes dans lesquelles le savoir est produit. Qui produit du savoir ? D’où ? Avec quelle légitimité ?
Grâce à des images immersives et un récit spéculatif, le travail interroge les principes anthropocentriques et rend possible une perspective post-humaine dans laquelle des formes de connexion mycéliennes lient des territoires, des corps et des manières de savoir. Des Alpes à Tierra del Fuego, cet article active un réseau de relations écologiques et culturelles nous incitant à reconsidérer notre place dans le monde.
Fungsectum (Fungi + insect + human continuum) version courte – Valentina Serrati Sisa, 2026. Conception sonore : Alisu. Images + postproduction + IA : Valentina Serrati Sisa. 3D : Luna Laff. TouchDesigner: Matías Carvajal
N° 1
L’artiste interdisciplinaire en résidence confond la conscience écologique et l’héroïsme, reproduisant des modes coloniaux de conquête et s’acharnant à dire que le déplacement géographique est équivalent à la profondeur critique et que la distance garantit la légitimité épistémique. Ainsi, l’écologie devient une performance de mobilité, la science un alibi poétique et l’art la répétition sophistiquée d’un vieux fantasme : arriver, nommer, traduire et partir, en laissant intacte l’hypothèse selon laquelle le monde doit être sillonné pour exister et être expliqué pour être sauvé.
N° 2
Les caractéristiques uniques des paysages reculés floutent les distinctions entre les territoires du Nord et du Sud, révélant des processus dynamiques qui dépassent les frontières géographiques tout en restant façonnés par le poids des histoires partagées. La nature passagère des programmes de résidence peut encourager la création de performances spécifiques au lieu, qui émergent en temps réel et sont profondément ancrées dans leurs environnements.
Le discours spéculatif autour d’une cosmologie fongique déconstruit cette forme performative d’anthropocentrisme scientifique d’amateur, poussant le corps vers des modes de reconfiguration associés à la pensée posthumaniste. Ici, la transformation fonctionne comme une métaphore de résistance, d’interdépendance et de devenir écologique.
N° 3
Le mycélium, la mycorhize et les champignons fonctionnent comme des ponts épistémologiques vers des manières de penser interconnectées, conscientes et rhizomatiques. En les observant, nous subissons une transformation, celle de devenir un corps s’entraînant à devenir insecte, percevant depuis une réalité corporelle fragile, multiple et localisée.
La construction de ce monde imaginaire, par la performance, la photogrammétrie fongique, la postproduction générative et l’intelligence artificielle, cherche à consolider une fiction spéculative qui ne représente pas un monde futur, mais qui répète plutôt une cosmologie en transition, dans laquelle la pensée, la création et le fait d’habiter deviennent des formes de mutualité chaotiques et interconnectées.
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Textes de María Luisa Murillo, notes et œuvres de Valentina Serrati Sisa

Interespèces

Fungsectum (Fungi + insecte + human continuum)” (plan) – Valentina Serrati Sisa, 2026
Au milieu des corps de champignons, d’insectes et d’humains, ce travail offre un territoire hybride dans lequel les frontières deviennent floues. Dans le cadre de Fungi Cosmology, un projet international à l’intersection de l’art, des sciences et de l’écologie, Valentina nous invite à penser au savoir comme une chose incarnée, relationnelle et en transformation constante.
Fungsectum n’essaie pas de nous expliquer comment faire. Ce projet remet plutôt en question les conditions mêmes dans lesquelles le savoir est produit. Qui produit du savoir ? D’où ? Avec quelle légitimité ?
Grâce à des images immersives et un récit spéculatif, le travail interroge les principes anthropocentriques et rend possible une perspective post-humaine dans laquelle des formes de connexion mycéliennes lient des territoires, des corps et des manières de savoir. Des Alpes à Tierra del Fuego, cet article active un réseau de relations écologiques et culturelles nous incitant à reconsidérer notre place dans le monde.
Fungsectum (Fungi + insect + human continuum) version courte – Valentina Serrati Sisa, 2026. Conception sonore : Alisu. Images + postproduction + IA : Valentina Serrati Sisa. 3D : Luna Laff. TouchDesigner: Matías Carvajal
N° 1
L’artiste interdisciplinaire en résidence confond la conscience écologique et l’héroïsme, reproduisant des modes coloniaux de conquête et s’acharnant à dire que le déplacement géographique est équivalent à la profondeur critique et que la distance garantit la légitimité épistémique. Ainsi, l’écologie devient une performance de mobilité, la science un alibi poétique et l’art la répétition sophistiquée d’un vieux fantasme : arriver, nommer, traduire et partir, en laissant intacte l’hypothèse selon laquelle le monde doit être sillonné pour exister et être expliqué pour être sauvé.
N° 2
Les caractéristiques uniques des paysages reculés floutent les distinctions entre les territoires du Nord et du Sud, révélant des processus dynamiques qui dépassent les frontières géographiques tout en restant façonnés par le poids des histoires partagées. La nature passagère des programmes de résidence peut encourager la création de performances spécifiques au lieu, qui émergent en temps réel et sont profondément ancrées dans leurs environnements.
Le discours spéculatif autour d’une cosmologie fongique déconstruit cette forme performative d’anthropocentrisme scientifique d’amateur, poussant le corps vers des modes de reconfiguration associés à la pensée posthumaniste. Ici, la transformation fonctionne comme une métaphore de résistance, d’interdépendance et de devenir écologique.
N° 3
Le mycélium, la mycorhize et les champignons fonctionnent comme des ponts épistémologiques vers des manières de penser interconnectées, conscientes et rhizomatiques. En les observant, nous subissons une transformation, celle de devenir un corps s’entraînant à devenir insecte, percevant depuis une réalité corporelle fragile, multiple et localisée.
La construction de ce monde imaginaire, par la performance, la photogrammétrie fongique, la postproduction générative et l’intelligence artificielle, cherche à consolider une fiction spéculative qui ne représente pas un monde futur, mais qui répète plutôt une cosmologie en transition, dans laquelle la pensée, la création et le fait d’habiter deviennent des formes de mutualité chaotiques et interconnectées.
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Textes de María Luisa Murillo, notes et œuvres de Valentina Serrati Sisa


Transformation
La chanterelle de Guyane - Cantharellus guyanensis
« Cette espèce de Cantharellus est vraiment unique, parce que ce genre n’est pas très répandu dans les tropiques. En Amazonie, les forêts avec des sols de sable blanc, les campinaras, sont les hôtes d’une incroyable diversité de champignons ectomycorhiziens. À cause des conditions extrêmes de cet écosystème, les champignons sont les éléments clés qui permettent aux plantes de trouver les nutriments nécessaires à leur survie. Lors de la résidence Fungi Cosmology en Amazonie, au sein de la communauté autochtone de la rivière Cueiras, nous les avons cueillis, cuisinés et servis .» – Ju Simon
Comment réussir à passer de l’exploration à l’implication en tant qu’artiste-scientifique ?
Comment s’identifier à ce qu’on étudie ?
Ces questions découlent d’une pratique artistique comprise comme un mode de réalisation qui cherche à être respectueux et conscient de l’environnement dans lequel il a lieu. C’est une approche qui cherche à activer des connexions entre la chercheuse ou le chercheur, le sujet d’étude et les systèmes vivants dans lesquels ces interactions s’opèrent.
Par ces « exercices de connexion », les pratiques scientifiques, mais aussi les pratiques artistiques peuvent explorer et développer des méthodologies qui encouragent la relation entre les écosystèmes humains et au-delà de l’humain. De telles approches cherchent à se placer au service de l’autre et à cultiver des formes de savoir localisé qui restent attentives et sensibles à leurs environs.
Plutôt que de s’efforcer d’atteindre le contrôle ou la certitude, ces approches alimentent des processus de transformation mutuelle et de liens authentiques, créant un espace où l’ignorance et des formes de réalisation imparfaite sont possibles






En faveur de la réalisation imparfaite
Animée par des corps humains impurs et imparfaits dans le Sud comme dans le Nord, elle se présente comme une pratique modelée par la contradiction. Elle reconnaît que la recherche, le voyage, les résidences et la production d’œuvres d’art ou de savoir sont des activités remplies d’asymétries, d’héritages coloniaux et de frottements éthiques qui ne peuvent être résolus à l’aide d’une position dite « correcte ».
En réaction à la tentation d’une immobilité critique, dans laquelle chaque action apparaît comme déjà compromise, ce projet curatorial défend la réalisation imparfaite comme une forme de responsabilité localisée. C’est un mode de pratique qui puise sa légitimité non pas dans la complexité du travail entrepris, l’envergure de la prouesse logistique ou l’accumulation de connaissances, mais bien dans sa volonté de s’exposer aux erreurs, à l’inconfort et aux transformations mutuelles.
Penser avec les champignons, c’est accepter des processus opaques, des temporalités non linéaires et des formes de capacité d’action réparties. Rien ne croît sans frottement. Rien ne se transforme sans contamination.
En ce sens, ce projet ne cherche pas à représenter une éthique au-delà de l’humain pleinement réalisée, mais répète plutôt des types de relations qui assument être partielles, provisoires et en permanence sujettes à la révision.
L’art n’apparaît pas ici comme une traduction fidèle du territoire ni comme une forme de salut symbolique. Il devient davantage un espace d’expérimentation : un lieu où la pensée critique ne paralyse pas l’action, mais l’accompagne, la perturbe et déstabilise continuellement ses propres conditions de possibilité.
Fungi Cosmology choisit de rester au cœur de la tension : non pas pour la démêler, mais pour l’habiter.
_
Texte de María Luisa Murillo, photos de Margaux Schwab

Transformation
La chanterelle de Guyane - Cantharellus guyanensis
« Cette espèce de Cantharellus est vraiment unique, parce que ce genre n’est pas très répandu dans les tropiques. En Amazonie, les forêts avec des sols de sable blanc, les campinaras, sont les hôtes d’une incroyable diversité de champignons ectomycorhiziens. À cause des conditions extrêmes de cet écosystème, les champignons sont les éléments clés qui permettent aux plantes de trouver les nutriments nécessaires à leur survie. Lors de la résidence Fungi Cosmology en Amazonie, au sein de la communauté autochtone de la rivière Cueiras, nous les avons cueillis, cuisinés et servis .» – Ju Simon
Comment réussir à passer de l’exploration à l’implication en tant qu’artiste-scientifique ?
Comment s’identifier à ce qu’on étudie ?
Ces questions découlent d’une pratique artistique comprise comme un mode de réalisation qui cherche à être respectueux et conscient de l’environnement dans lequel il a lieu. C’est une approche qui cherche à activer des connexions entre la chercheuse ou le chercheur, le sujet d’étude et les systèmes vivants dans lesquels ces interactions s’opèrent.
Par ces « exercices de connexion », les pratiques scientifiques, mais aussi les pratiques artistiques peuvent explorer et développer des méthodologies qui encouragent la relation entre les écosystèmes humains et au-delà de l’humain. De telles approches cherchent à se placer au service de l’autre et à cultiver des formes de savoir localisé qui restent attentives et sensibles à leurs environs.
Plutôt que de s’efforcer d’atteindre le contrôle ou la certitude, ces approches alimentent des processus de transformation mutuelle et de liens authentiques, créant un espace où l’ignorance et des formes de réalisation imparfaite sont possibles






En faveur de la réalisation imparfaite
Animée par des corps humains impurs et imparfaits dans le Sud comme dans le Nord, elle se présente comme une pratique modelée par la contradiction. Elle reconnaît que la recherche, le voyage, les résidences et la production d’œuvres d’art ou de savoir sont des activités remplies d’asymétries, d’héritages coloniaux et de frottements éthiques qui ne peuvent être résolus à l’aide d’une position dite « correcte ».
En réaction à la tentation d’une immobilité critique, dans laquelle chaque action apparaît comme déjà compromise, ce projet curatorial défend la réalisation imparfaite comme une forme de responsabilité localisée. C’est un mode de pratique qui puise sa légitimité non pas dans la complexité du travail entrepris, l’envergure de la prouesse logistique ou l’accumulation de connaissances, mais bien dans sa volonté de s’exposer aux erreurs, à l’inconfort et aux transformations mutuelles.
Penser avec les champignons, c’est accepter des processus opaques, des temporalités non linéaires et des formes de capacité d’action réparties. Rien ne croît sans frottement. Rien ne se transforme sans contamination.
En ce sens, ce projet ne cherche pas à représenter une éthique au-delà de l’humain pleinement réalisée, mais répète plutôt des types de relations qui assument être partielles, provisoires et en permanence sujettes à la révision.
L’art n’apparaît pas ici comme une traduction fidèle du territoire ni comme une forme de salut symbolique. Il devient davantage un espace d’expérimentation : un lieu où la pensée critique ne paralyse pas l’action, mais l’accompagne, la perturbe et déstabilise continuellement ses propres conditions de possibilité.
Fungi Cosmology choisit de rester au cœur de la tension : non pas pour la démêler, mais pour l’habiter.
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Texte de María Luisa Murillo, photos de Margaux Schwab

Fungi Cosmology est le fruit d'une collaboration. Nous tenons à exprimer notre gratitude à toutes celles et ceux qui ont participé à ce voyage avec nous, directement ou indirectement.
CREDITS
María Luisa Murillo (CL)
Artiste, curatrice et gestionnaire culturelle, María Luisa Murillo a une licence en arts de l’université catholique pontificale du Chili. Depuis 2015, elle travaille comme directrice de la maison-musée Alberto Baeriswyl (CAB) sur l’île Tierra del Fuego et mène le programme de résidence en arts, science et lettres, grâce auquel elle promeut un dialogue entre les arts et la science par des expériences collectives d’échange et de création de savoir dans la région la plus au sud du Chili.
En tant qu’artiste et curatrice, sa recherche se concentre sur la mémoire, l’identité et les façons d’habiter des mondes au-delà de l’humain.
Lilian Fraiji (BR)
Lilian Fraiji est une curatrice et productrice à Manaus et à São Paulo (Brésil). C’est la cofondatrice de Labverde, une plateforme dédiée au développement de projets multidisciplinaires à l’intersection de l’art, de la science et de l’écologie.
Elle a participé à de nombreux projets curatoriaux au Brésil et à l’international, se concentrant sur le territoire amazonien et sur des questions poétiques et écologiques. Elle coordonne aujourd’hui Labsonora, une initiative de recherche artistique autour du son et de l’activisme, et Speculative Ecologies, un programme de résidence international qui encourage les pratiques artistiques et écologiques en Amazonie.
Margaux Schwab (CH)
Margaux Schwab est une productrice culturelle et curatrice suisse-mexicaine qui travaille à l’intersection de l’art, de l’écologie et de l’hospitalité, en particulier dans des contextes qui dépassent l’espace traditionnel de la galerie. En 2016, elle a fondé foodculture days, une plateforme d’échange de savoirs autour des écologies et de la politique de la nourriture. La Biennale de foodculture days à Vevey tient le rôle d’un catalyseur de dialogue et d’action, fédérant un large éventail d’interventions créatives et culinaires qui se préoccupent de questions environnementales et sociales. En tant que curatrice, Margaux Schwab centre sa recherche sur les notions d’hospitalité, de convivialité et d’accès aux arts, abordant la nourriture comme un contenu enrichissant, idéologique, conceptuel et discursif. Son travail puise dans les perspectives et les connaissances spécifiques d’artistes, de chercheur·euses, de jardinier·es, d’historien·nes, d’architectes, de designers, d’activistes, d’agriculteur·ices, de philosophes, de botanistes, de grand-mères, de cuisinier·es et d’autres formes d’intelligence au-delà de l’humain.
En considérant les cuisines, marchés, champs et jardins comme des sites puissants de transmission de savoir et de pratiques culturelles, Margaux Schwab explore la manière dont l’art peut nous reconnecter à ces territoires grâce à des formes de participation incarnées, sensorielles et attentives.
Irene Hediger (CH)
Irene Hediger est une gestionnaire culturelle suisse et la directrice du programme artists-in-labs (AIL) du département d’analyse culturelle de l’université des arts de Zurich (ZHdK). Son travail est centré sur la curation et la promotion d’échanges inter- et transdisciplinaires à l’intersection de l’art, la science et la technologie, notamment dans les domaines de la science environnementale, l’astrophysique, la biologie, la neuroscience et la médecine. En 2009, elle a lancé le programme international d’échange en résidence artists-in-labs, donnant ainsi l’opportunité à des artistes de s’investir directement dans des environnements de recherche scientifique. Irene Hediger a organisé de nombreuses expositions et des programmes publics axés sur l’art contemporain, les sciences et la technologie, comme Quantum of Disorder (Quantum du désordre), (in)visible transitions (transitions (in)visibles), Displacements – Art, Science and the DNA of the Ibex (Déplacements : l’art, la science et l’ADN du bouquetin), Propositions for a Poetic Ecosystem (Propositions pour un écosystème poétique), et Interfacing New Heavens (la communication de nouveaux paradis). Elle est diplômée en gestion d’entreprise et dynamique des groupes et de l’organisation, et détient un master en gestion culturelle de l’université de Bâle.
Seba Calfuqueo (CL)
Seba Calfuqueo est une artiste trans mapuche et une des curatrices d’Espacio 218 (Santiago, Chili). Elle est membre du collectif Mapuche Rangiñtulewfü et de Revista Yene.
Dans son travail, elle prend comme point de départ son héritage culturel et son expérience pour réfléchir de manière critique aux dynamiques sociales, culturelles et politiques qui façonnent la question mapuche dans la société contemporaine chilienne et dans le contexte plus large de l’Amérique latine.
Dans sa pratique artistique, elle réalise des performances, des installations, de la céramique et des vidéos, explorant les convergences et les divergences entre les cosmologies indigènes et la pensée occidentale. Elle travaille aussi sur des thèmes comme le féminisme, les études de genre et les droits environnementaux d’un point de vue situé et incarné.
Maya Minder (CH)
Maya Minder est une artiste suisse-coréenne basée à Zurich. Sa pratique, qui englobe l’installation, la photographie et la performance, s’ancre dans les questions liées à l’écologie, aux technologies féminines et aux matériaux durables. Son travail se déploie à travers la recherche et le récit, dans un processus de désapprentissage, de dévoilement et de réactivation d’histoires oubliées, mobilisant le goût, le geste et le temps comme outils de réflexion. La cuisine, la fermentation et la transformation deviennent ainsi des moyens de nourrir une pensée critique et des formes de conception adaptées aux enjeux de l’Anthropocène.
Son travail a été présenté notamment au Kunsthaus Zürich (Suisse), au 21st Century Museum of Contemporary Art de Kanazawa (Japon), au Seoul Arts Center (Corée du Sud), à la Floating University de Berlin (Allemagne) ainsi qu’à By Art Matters à Hangzhou (Chine).
S’inspirant des mouvements DIY (Do It Yourself) et DIWO (Do It With Others), elle explore des formes de recherche participative et des pratiques collectives à l’ère des ruines du capitalisme tardif. Influencée par les pensées écoféministes et posthumanistes, elle conçoit des situations participatives et contextuelles dans lesquelles corps, microbes, technologies et récits entrent en relation, ouvrant la voie à de nouvelles manières de vivre ensemble et de partager la culture.
Jorgge Menna Barreton (BR)
Jorgge Menna Barreton est un artiste et éducateur brésilien dont la pratique et la recherche sont consacrées à l’art in situ depuis plus de 20 ans. En 2014, il a commencé un projet de recherche postdoctoral à l’université d’état de Santa Catarina, au Brésil, à l’occasion duquel il a collaboré avec un biologiste et un agronome pour étudier la relation entre l’agroécologie et les pratiques artistiques site-specific, en se concentrant sur les systèmes d’agroforesterie. En 2020, il a terminé une deuxième recherche postdoctorale en tant qu’enseignant-chercheur à l’université John Moores (Liverpool, Angleterre), qui a donné lieu au travail présenté à la Biennale de Liverpool en 2021.
Jorgge Menna Barreto a été maître de conférence au département des arts de l’université de Californie de Santa Cruz, où il a aussi enseigné dans le programme de master en beaux-arts sur l’art environnemental et les pratiques sociales. Il est aussi affilié au département des arts de l’université d’État de Rio de Janeiro, où il coordonne le groupe de recherche Ambientalidades avec Eloisa Brantes. Il aborde la site-specificity d’un point de vue sud-américain.
Valentina Serrati( CL)
Valentina Serrati est une artiste paraguayenne-chilienne avec une licence en arts de l’université catholique pontificale du Chili et un master en médias numériques et cultures technologiques de Goldsmiths, université de Londres (Royaume-Uni).
Elle conçoit des performances, de l’art vidéo et des installations vidéos. Elle a beaucoup d’expérience à la fois dans des institutions académiques et dans l’élaboration de politiques culturelles. Depuis 24 ans, elle a une carrière académique éminente à l’école d’art de l’université catholique pontificale du Chili, où elle a joué un rôle clé dans la création et le développement de l’espace dédié à l’art médiatique de l’université.
En 2019, elle a créé PRISMA, une plateforme dédiée à la promotion de projets à l’intersection de l’art, de la science et de la technologie, avec un intérêt particulier pour la pensée écologique. En 2025, elle a lancé LAITEC, un espace pour la création interdisciplinaire et la recherche sur la technologie au sein de la Faculté des lettres de l’université catholique pontificale du Chili.
Actuellement, elle jongle entre la pratique artistique, l’enseignement et la gestion culturelle, encourageant l’innovation, l’expérimentation et les processus créatifs impliquant des technologies émergentes.
Patricia Silva-Flores (CL)
Patricia Silva-Flores est une écologiste spécialisée dans les champignons et les mycorhizes. Elle vient de Punta Arenas, au Chili. Elle est maître de conférence à l’université catholique de Maule, à Talca (Chili), directrice des communications de l’International Mycorrhiza Society (IMS, association internationale des mycorhizes), cofondatrice et membre active du South American Mycorrhizal Research Network (réseau sud-américain de recherche sur les mycorhizes) et scientifique agrégée de la Society for the Protection of Underground Networks (SPUN, association pour la protection des réseaux souterrains).
Le travail de Patricia se concentre sur trois domaines principaux : (1) la recherche sur des questions fondamentales de l’écologie mycorhizienne, ainsi que sur les fonctions des champignons et symbioses mycorhiziens dans l’écologie de restauration et dans des contextes forestiers et agricoles ; (2) l’éducation et la formation des étudiant·es de premier et deuxième cycle en écologie fongique et mycorhizienne et ses utilisations dans l’enseignement, la supervision de stage et le conseil pour les thèses ; et (3) la participation publique dans les sciences, et en particulier la promotion d’une plus grande sensibilisation et d’une meilleure compréhension de la science fongique et mycorhizienne.
Ju Simon (BR)
Ju Simon est une biologiste et doctorante brésilienne à l’université fédérale de Santa Catarina (UFSC) à Florianópolis (Brésil). Elle a un master en mycologie de l’institut national de recherche amazonienne (INPA) de Manaus (Brésil).
Depuis 2012, Ju Simon a étudié, appris et enseigné des sujets liés à la mycologie. Passionnée de champignons, elle est toujours ravie de discuter des nombreuses dimensions du monde fongique. Elle aime aussi la musique et joue de la flûte traversière et des percussions.
Elle pense que les champignons sont la clé de la compréhension de la vie et de la mort, de l’interconnexion et de la manière d’être présent·e tout en acceptant l’éphémère.
Martina Peter (CH)
Martina Peter est une scientifique suisse dont l’intérêt majeur est la recherche sur les divers aspects des interactions symbiotiques entre les arbres des forêts et les champignons, ce qu’on appelle l’ectomycorhize. Elle étudie la diversité taxonomique et fonctionnelle des champignons mycorhiziens dans les écosystèmes forestiers et leurs rôles écologiques dans un environnement en mutation rapide.
Sa recherche se concentre en particulier sur les effets de la sécheresse et des dépôts d’azote sur la structure et le fonctionnement des communautés mycorhiziennes. Elle cherche également à comprendre comment les champignons forestiers s’adaptent à leurs environnements et modes de vie écologiques. Martina Peter utilise principalement des marqueurs moléculaires pour étudier les communautés et populations mycorhiziennes, ainsi que l’expression génique et les tests enzymatiques pour explorer leur écologie fonctionnelle.
Benjamin Dauphin (CH)
Benjamin Dauphin est un scientifique suisse passionné de biologie évolutionnaire et des manières qu’ont les organismes d’interagir avec leur environnement. Il s’intéresse en particulier aux processus d’adaptation locaux dans les écosystèmes forestiers et alpins. Il est aussi fasciné par les systèmes de reproduction complexes et les raisons pour lesquelles ils se sont maintenus tout au long de l’histoire de l’évolution.
Dans sa recherche, il utilise des outils de la génomique et des données environnementales à haute résolution pour faire avancer notre compréhension des processus d’adaptation et de coadaptation dans les partenariats symbiotiques entre plantes et champignons.
Fungi Cosmology est le fruit d'une collaboration. Nous tenons à exprimer notre gratitude à toutes celles et ceux qui ont participé à ce voyage avec nous, directement ou indirectement.
CREDITS
María Luisa Murillo (CL)
Artiste, curatrice et gestionnaire culturelle, María Luisa Murillo a une licence en arts de l’université catholique pontificale du Chili. Depuis 2015, elle travaille comme directrice de la maison-musée Alberto Baeriswyl (CAB) sur l’île Tierra del Fuego et mène le programme de résidence en arts, science et lettres, grâce auquel elle promeut un dialogue entre les arts et la science par des expériences collectives d’échange et de création de savoir dans la région la plus au sud du Chili.
En tant qu’artiste et curatrice, sa recherche se concentre sur la mémoire, l’identité et les façons d’habiter des mondes au-delà de l’humain.
Lilian Fraiji (BR)
Lilian Fraiji est une curatrice et productrice à Manaus et à São Paulo (Brésil). C’est la cofondatrice de Labverde, une plateforme dédiée au développement de projets multidisciplinaires à l’intersection de l’art, de la science et de l’écologie.
Elle a participé à de nombreux projets curatoriaux au Brésil et à l’international, se concentrant sur le territoire amazonien et sur des questions poétiques et écologiques. Elle coordonne aujourd’hui Labsonora, une initiative de recherche artistique autour du son et de l’activisme, et Speculative Ecologies, un programme de résidence international qui encourage les pratiques artistiques et écologiques en Amazonie.
Margaux Schwab (CH)
Margaux Schwab est une productrice culturelle et curatrice suisse-mexicaine qui travaille à l’intersection de l’art, de l’écologie et de l’hospitalité, en particulier dans des contextes qui dépassent l’espace traditionnel de la galerie. En 2016, elle a fondé foodculture days, une plateforme d’échange de savoirs autour des écologies et de la politique de la nourriture. La Biennale de foodculture days à Vevey tient le rôle d’un catalyseur de dialogue et d’action, fédérant un large éventail d’interventions créatives et culinaires qui se préoccupent de questions environnementales et sociales. En tant que curatrice, Margaux Schwab centre sa recherche sur les notions d’hospitalité, de convivialité et d’accès aux arts, abordant la nourriture comme un contenu enrichissant, idéologique, conceptuel et discursif. Son travail puise dans les perspectives et les connaissances spécifiques d’artistes, de chercheur·euses, de jardinier·es, d’historien·nes, d’architectes, de designers, d’activistes, d’agriculteur·ices, de philosophes, de botanistes, de grand-mères, de cuisinier·es et d’autres formes d’intelligence au-delà de l’humain.
En considérant les cuisines, marchés, champs et jardins comme des sites puissants de transmission de savoir et de pratiques culturelles, Margaux Schwab explore la manière dont l’art peut nous reconnecter à ces territoires grâce à des formes de participation incarnées, sensorielles et attentives.
Irene Hediger (CH)
Irene Hediger est une gestionnaire culturelle suisse et la directrice du programme artists-in-labs (AIL) du département d’analyse culturelle de l’université des arts de Zurich (ZHdK). Son travail est centré sur la curation et la promotion d’échanges inter- et transdisciplinaires à l’intersection de l’art, la science et la technologie, notamment dans les domaines de la science environnementale, l’astrophysique, la biologie, la neuroscience et la médecine. En 2009, elle a lancé le programme international d’échange en résidence artists-in-labs, donnant ainsi l’opportunité à des artistes de s’investir directement dans des environnements de recherche scientifique. Irene Hediger a organisé de nombreuses expositions et des programmes publics axés sur l’art contemporain, les sciences et la technologie, comme Quantum of Disorder (Quantum du désordre), (in)visible transitions (transitions (in)visibles), Displacements – Art, Science and the DNA of the Ibex (Déplacements : l’art, la science et l’ADN du bouquetin), Propositions for a Poetic Ecosystem (Propositions pour un écosystème poétique), et Interfacing New Heavens (la communication de nouveaux paradis). Elle est diplômée en gestion d’entreprise et dynamique des groupes et de l’organisation, et détient un master en gestion culturelle de l’université de Bâle.
Seba Calfuqueo (CL)
Seba Calfuqueo est une artiste trans mapuche et une des curatrices d’Espacio 218 (Santiago, Chili). Elle est membre du collectif Mapuche Rangiñtulewfü et de Revista Yene.
Dans son travail, elle prend comme point de départ son héritage culturel et son expérience pour réfléchir de manière critique aux dynamiques sociales, culturelles et politiques qui façonnent la question mapuche dans la société contemporaine chilienne et dans le contexte plus large de l’Amérique latine.
Dans sa pratique artistique, elle réalise des performances, des installations, de la céramique et des vidéos, explorant les convergences et les divergences entre les cosmologies indigènes et la pensée occidentale. Elle travaille aussi sur des thèmes comme le féminisme, les études de genre et les droits environnementaux d’un point de vue situé et incarné.
Maya Minder (CH)
Maya Minder est une artiste suisse-coréenne basée à Zurich. Sa pratique, qui englobe l’installation, la photographie et la performance, s’ancre dans les questions liées à l’écologie, aux technologies féminines et aux matériaux durables. Son travail se déploie à travers la recherche et le récit, dans un processus de désapprentissage, de dévoilement et de réactivation d’histoires oubliées, mobilisant le goût, le geste et le temps comme outils de réflexion. La cuisine, la fermentation et la transformation deviennent ainsi des moyens de nourrir une pensée critique et des formes de conception adaptées aux enjeux de l’Anthropocène.
Son travail a été présenté notamment au Kunsthaus Zürich (Suisse), au 21st Century Museum of Contemporary Art de Kanazawa (Japon), au Seoul Arts Center (Corée du Sud), à la Floating University de Berlin (Allemagne) ainsi qu’à By Art Matters à Hangzhou (Chine).
S’inspirant des mouvements DIY (Do It Yourself) et DIWO (Do It With Others), elle explore des formes de recherche participative et des pratiques collectives à l’ère des ruines du capitalisme tardif. Influencée par les pensées écoféministes et posthumanistes, elle conçoit des situations participatives et contextuelles dans lesquelles corps, microbes, technologies et récits entrent en relation, ouvrant la voie à de nouvelles manières de vivre ensemble et de partager la culture.
Jorgge Menna Barreton (BR)
Jorgge Menna Barreton est un artiste et éducateur brésilien dont la pratique et la recherche sont consacrées à l’art in situ depuis plus de 20 ans. En 2014, il a commencé un projet de recherche postdoctoral à l’université d’état de Santa Catarina, au Brésil, à l’occasion duquel il a collaboré avec un biologiste et un agronome pour étudier la relation entre l’agroécologie et les pratiques artistiques site-specific, en se concentrant sur les systèmes d’agroforesterie. En 2020, il a terminé une deuxième recherche postdoctorale en tant qu’enseignant-chercheur à l’université John Moores (Liverpool, Angleterre), qui a donné lieu au travail présenté à la Biennale de Liverpool en 2021.
Jorgge Menna Barreto a été maître de conférence au département des arts de l’université de Californie de Santa Cruz, où il a aussi enseigné dans le programme de master en beaux-arts sur l’art environnemental et les pratiques sociales. Il est aussi affilié au département des arts de l’université d’État de Rio de Janeiro, où il coordonne le groupe de recherche Ambientalidades avec Eloisa Brantes. Il aborde la site-specificity d’un point de vue sud-américain.
Valentina Serrati( CL)
Valentina Serrati est une artiste paraguayenne-chilienne avec une licence en arts de l’université catholique pontificale du Chili et un master en médias numériques et cultures technologiques de Goldsmiths, université de Londres (Royaume-Uni).
Elle conçoit des performances, de l’art vidéo et des installations vidéos. Elle a beaucoup d’expérience à la fois dans des institutions académiques et dans l’élaboration de politiques culturelles. Depuis 24 ans, elle a une carrière académique éminente à l’école d’art de l’université catholique pontificale du Chili, où elle a joué un rôle clé dans la création et le développement de l’espace dédié à l’art médiatique de l’université.
En 2019, elle a créé PRISMA, une plateforme dédiée à la promotion de projets à l’intersection de l’art, de la science et de la technologie, avec un intérêt particulier pour la pensée écologique. En 2025, elle a lancé LAITEC, un espace pour la création interdisciplinaire et la recherche sur la technologie au sein de la Faculté des lettres de l’université catholique pontificale du Chili.
Actuellement, elle jongle entre la pratique artistique, l’enseignement et la gestion culturelle, encourageant l’innovation, l’expérimentation et les processus créatifs impliquant des technologies émergentes.
Patricia Silva-Flores (CL)
Patricia Silva-Flores est une écologiste spécialisée dans les champignons et les mycorhizes. Elle vient de Punta Arenas, au Chili. Elle est maître de conférence à l’université catholique de Maule, à Talca (Chili), directrice des communications de l’International Mycorrhiza Society (IMS, association internationale des mycorhizes), cofondatrice et membre active du South American Mycorrhizal Research Network (réseau sud-américain de recherche sur les mycorhizes) et scientifique agrégée de la Society for the Protection of Underground Networks (SPUN, association pour la protection des réseaux souterrains).
Le travail de Patricia se concentre sur trois domaines principaux : (1) la recherche sur des questions fondamentales de l’écologie mycorhizienne, ainsi que sur les fonctions des champignons et symbioses mycorhiziens dans l’écologie de restauration et dans des contextes forestiers et agricoles ; (2) l’éducation et la formation des étudiant·es de premier et deuxième cycle en écologie fongique et mycorhizienne et ses utilisations dans l’enseignement, la supervision de stage et le conseil pour les thèses ; et (3) la participation publique dans les sciences, et en particulier la promotion d’une plus grande sensibilisation et d’une meilleure compréhension de la science fongique et mycorhizienne.
Ju Simon (BR)
Ju Simon est une biologiste et doctorante brésilienne à l’université fédérale de Santa Catarina (UFSC) à Florianópolis (Brésil). Elle a un master en mycologie de l’institut national de recherche amazonienne (INPA) de Manaus (Brésil).
Depuis 2012, Ju Simon a étudié, appris et enseigné des sujets liés à la mycologie. Passionnée de champignons, elle est toujours ravie de discuter des nombreuses dimensions du monde fongique. Elle aime aussi la musique et joue de la flûte traversière et des percussions.
Elle pense que les champignons sont la clé de la compréhension de la vie et de la mort, de l’interconnexion et de la manière d’être présent·e tout en acceptant l’éphémère.
Martina Peter (CH)
Martina Peter est une scientifique suisse dont l’intérêt majeur est la recherche sur les divers aspects des interactions symbiotiques entre les arbres des forêts et les champignons, ce qu’on appelle l’ectomycorhize. Elle étudie la diversité taxonomique et fonctionnelle des champignons mycorhiziens dans les écosystèmes forestiers et leurs rôles écologiques dans un environnement en mutation rapide.
Sa recherche se concentre en particulier sur les effets de la sécheresse et des dépôts d’azote sur la structure et le fonctionnement des communautés mycorhiziennes. Elle cherche également à comprendre comment les champignons forestiers s’adaptent à leurs environnements et modes de vie écologiques. Martina Peter utilise principalement des marqueurs moléculaires pour étudier les communautés et populations mycorhiziennes, ainsi que l’expression génique et les tests enzymatiques pour explorer leur écologie fonctionnelle.
Benjamin Dauphin (CH)
Benjamin Dauphin est un scientifique suisse passionné de biologie évolutionnaire et des manières qu’ont les organismes d’interagir avec leur environnement. Il s’intéresse en particulier aux processus d’adaptation locaux dans les écosystèmes forestiers et alpins. Il est aussi fasciné par les systèmes de reproduction complexes et les raisons pour lesquelles ils se sont maintenus tout au long de l’histoire de l’évolution.
Dans sa recherche, il utilise des outils de la génomique et des données environnementales à haute résolution pour faire avancer notre compréhension des processus d’adaptation et de coadaptation dans les partenariats symbiotiques entre plantes et champignons.




–ils nous apprendre de nouvelles manières d’habiter le monde ?
Le champignon se regarde, Maya Minder, 2024 - 2026. Vidéo monocanale, son stéréo
Fungi Cosmology est un programme de recherche international, né de la collaboration entre des curateur·ices, des artistes et des scientifiques du Brésil, de la Suisse et du Chili. Cette initiative réunit CAB Patagonia (Chili), Labverde (Brésil), Artist-in-Labs (université des Arts de Zurich) et foodculture days. Avec la curation de Lilian Fraiji, María Luisa Murillo, Irène Hediger et Margaux Schwab, avec les artistes Jorgge Menna Barreto, Maya Minder, Seba Calfuqueo et Valentina Serrati, ainsi que les scientifiques Juli Simon, Patricia Silva Flores, Martina Peter et Benjamin Dauphin. Ensemble, ces institutions ont développé une recherche sur trois ans et organisé trois excursions pour étudier collectivement les champignons et leur rôle au sein des écosystèmes dans lesquels ils vivent.
Au cours de cette phase de partage du processus et d’implication du public, le projet s’est dévoilé lors d’une exposition en Suisse (Hall ZhdK, Toni Areal Campus, 2024), de deux expositions au Chili (Suizspacio Gallery et musée d’art contemporain de Santiago, 2026) et d’un éditorial numérique développé pour le site web Boca a Boca. Ces espaces, autonomes, mais interconnectés, s’entretiennent par des relations d’interdépendance.
Cet éditorial extensif regroupe divers documents du projet dans son ensemble pour tisser un récit en ligne sur le processus de recherche, spécialement pensé pour la plateforme Boca a Boca.
Fungi Cosmology Collective records, Chili / Suisse / Brésil, Valentina Serrati Sisa, 2024. Installation vidéo à trois canaux, son stéréo.
L’archive (de) Fungi Cosmology représente l’assemblage du contenu créé au cours du processus de recherche : des photographies, des vidéos, des enregistrements sur le terrain et des conversations. Elle ne cherche pas à documenter les événements, mais plutôt à révéler les dimensions relationnelles, affectives et territoriales qui ont façonné cette exploration.
Le projet n’offre pas de réponse définitive sur le fascinant royaume des champignons, mais propose un processus de recherche transdisciplinaire qui entrelace l’art et la science. Ainsi, il nous invite à reconsidérer notre place au sein d’une communauté au-delà de l’humain et à imaginer d’autres façons de coexister dans le monde.
Le besoin d’observer, d’analyser et de comprendre la biodiversité des territoires de Patagonie, d’Amazonie et des Alpes est un axe central de cette recherche. Néanmoins, nous concevons ce projet comme un réseau vivant de relations, d’interdépendances et de processus en transformation constante.
Puisant dans des contributions des milieux de l’écologie et de l’anthropologie multiespèces, le projet aborde l’art comme une pratique contemporaine transdisciplinaire et un espace pour la médiation délicate entre les formes scientifiques, territoriales et culturelles de savoir. Dans ce sens-là, ce qui est présenté ici ne cherche pas à dessiner la nature avec une distance esthétique. Il s’agit davantage de se penser comme un écosystème en soi, c’est-à-dire un espace dynamique qui incite à cultiver des relations physiques, temporelles et affectives avec ce qui nous entoure et ce qui nous est encore étranger.